L'autre part (extrait 4)


Je vivais ainsi

D’écrit et de dilution

 

Je n’étais faite pour rien

Et pour son absence de limite

 

Pour l’indéfini infini de la blancheur

 

Blancheur à mettre à nu

à pénétrer

prendre

pour désapprendre

dans l’abandon des références

et la promesse d’une harmonie

à comprendre

inclure

pour se fondre à l’écrit

se confondre à sa courbe

dans l’esquisse et la bribe

l’esquive  et l’errance

  

La blancheur met en partance

 

Elle jette à la mer

 

Elle est distance et alliance

entre deux vies

deux rives

par chemins passés

et main d’écriture

de dérives en ratures

 

Dans partance

il y a invitation à l’acte

et au passage

Il y a des parts

part quittée

part rêvée

perte et greffe

Il y a la tension qui fait jonction

celle du mouvement qui détache

et porte au loin

 

Dans partance

il y a l’espace et le temps

de l’anse à franchir

de la durée sans sablier du franchissement

 

Cette anse de mer est ma frontière

coupée de flux contraires et de lames de fond

espace de flottement et d’horizontalité d’être

dans celle du trait d’horizon

 

Partir

Ecrire

c’est devenir un bout d’horizon

une fluente perspective

C’est être ligne de fuite

qui fluctue à fleur d’eau

C’est entrer dans le geste

qui fend les flots

 froisse l’eau

 pose l’indice d’un progrès 

porté

                     soutenu

contrarié

                     retenu

par l’affrontement des courants

La respiration du large

s’ouvre

                    et se ferme

projette

                    et retient

Creux de rencontre et de heurt

de fusion et de scission

 

Un liseré d’écume

disparaît

dans le sillage

du temps et de la terre quittés

 

L’autre rivage a-t-il été  

 

Où le chercher                      

Qui est-il 

M’attend-il 


Il semble se dérober

au rythme de mon avancée

Je n’avance peut-être pas

Peut-être est-ce l’horizon qui recule

le ciel qui bascule

la mer qui reflue  

Ou bien ma terre est peut-être là

entre ciel et eau

dans cette fluidité à perte de sol

dans l’échappée des mots 

Elle est peut-être cette aire

sans latitude ni visage

dans la solitude du passage

d’un ciel à un autre

pour en dire et devenir la somme

je suis ailleurs

et le mélange des ciels

fait que je suis sur les deux rives

séparées

              et unies

en une fécondation singulière

et sur aucune

Lieu médian

composite

métissé

mitan

mi-lieu

           d’entre les chairs

moyenne extrême

moitié et tout

ni ici

ni là-bas

mais nulle part

et partout

intermittence multiple

pour passante de haute mer

passagère de l’entre-deux

dans l’impossible achèvement

l’inaccessible terre

 

Je suis dans le vacillement de flux

      qui se croisent

                          se conjuguent

                                                 se renforcent

       se contredisent

                           s’épuisent

                                                  s’annulent

  Ligne de haute tension

                                à l’intersection

de confluences de courants

                               qui se pressent en tous sens

dans la dissidence d’une mutation permanente

 

J’habite le lieu de l’insécurité et du basculement


                           Publication  La Licorne d'Hannibal

 
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