Je vivais ainsi
D’écrit et de dilution
Je n’étais faite pour rien
Et pour son absence de limite
Pour l’indéfini infini de la blancheur
Blancheur à mettre à nu
à pénétrer
prendre
pour désapprendre
dans l’abandon des références
et la promesse d’une harmonie
à comprendre
inclure
pour se fondre à l’écrit
se confondre à sa courbe
dans l’esquisse et la bribe
l’esquive et l’errance
La blancheur met en partance
Elle jette à la mer
Elle est distance et alliance
entre deux vies
deux rives
par chemins passés
et main d’écriture
de dérives en ratures
Dans partance
il y a invitation à l’acte
et au passage
Il y a des parts
part quittée
part rêvée
perte et greffe
Il y a la tension qui fait jonction
celle du mouvement qui détache
et porte au loin
Dans partance
il y a l’espace et le temps
de l’anse à franchir
de la durée sans sablier du franchissement
Cette anse de mer est ma frontière
coupée de flux contraires et de lames de fond
espace de flottement et d’horizontalité d’être
dans celle du trait d’horizon
Partir
Ecrire
c’est devenir un bout d’horizon
une fluente perspective
C’est être ligne de fuite
qui fluctue à fleur d’eau
C’est entrer dans le geste
qui fend les flots
froisse l’eau
pose l’indice d’un progrès
porté
soutenu
contrarié
retenu
par l’affrontement des courants
La respiration du large
s’ouvre
et se ferme
projette
et retient
Creux de rencontre et de heurt
de fusion et de scission
Un liseré d’écume
disparaît
dans le sillage
du temps et de la terre quittés
L’autre rivage a-t-il été
Où le chercher
Qui est-il
M’attend-il
Il semble se dérober
au rythme de mon avancée
Je n’avance peut-être pas
Peut-être est-ce l’horizon qui recule
le ciel qui bascule
la mer qui reflue
Ou bien ma terre est peut-être là
entre ciel et eau
dans cette fluidité à perte de sol
dans l’échappée des mots
Elle est peut-être cette aire
sans latitude ni visage
dans la solitude du passage
d’un ciel à un autre
pour en dire et devenir la somme
Là
je suis ailleurs
et le mélange des ciels
fait que je suis sur les deux rives
séparées
et unies
en une fécondation singulière
et sur aucune
Lieu médian
composite
métissé
mitan
mi-lieu
d’entre les chairs
moyenne extrême
moitié et tout
ni ici
ni là-bas
mais nulle part
et partout
intermittence multiple
pour passante de haute mer
passagère de l’entre-deux
dans l’impossible achèvement
l’inaccessible terre
Je suis dans le vacillement de flux
qui se croisent
se conjuguent
se renforcent
se contredisent
s’épuisent
s’annulent
Ligne de haute tension
à l’intersection
de confluences de courants
qui se pressent en tous sens
dans la dissidence d’une mutation permanente
J’habite le lieu de l’insécurité et du
basculement
Publication La Licorne d'Hannibal
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