Je pénètre la blancheur
dans l’inaccessibilité des mots
en visite les verticales
en traverse les intervalles
La blancheur m’attire
m’inspire
Elle est absence
Absence de centre
Absence d’impression
Absence d’expression
Elle n’est rien
Et si présente
Elle est présence de l’absence
Presque rien
Elle est un jeu de cubes
posé en
déséquilibre
au bord d’une mer d’entre les
terres
Ce jeu ne semble pas appartenir à la mémoire
Il en fait pourtant partie
Il ressemble à un jeu de construction
Il est jeu de déconstruction
qui se moque des règles
et impose ses exigences
qui se tient à distance
et ne s’expose pas
Il est éboulement de l’enfance
Des lacets de venelles
aux parois hautes et étroites
bousculent leur pente
en sinuosités irrégulières
jusqu’au quai
qu’enflamme l’illusion d’un éternel été
Le lieu est étrangement désert
inerte
tu
Il a la fixité du livre d’images
la neutralité de l’instantané
exposé sur feuillet glacé
Seules me parviennent
une intuition de désordre
et une impression de suspension
Un parfum indéfinissable
métissage de fragrances
jasmin et air marin mêlés
flotte
dans un ciel
d’éclats
déchiré
Une chaleur intense
se fond au jour
et expire les senteurs
et soupirs
de terre lourde
découpée
dans le roc et le sel
Une raie de lumière
tombe
dans l’eau étale
Et de la mer à la lumière
s’élève
une incandescence
qui propage le brasier blanc du ciel
au-dessus des voûtes du port
et du chemin de ronde des boulevards
jusqu’aux toits étagés
et volées d’escaliers
qui sèment leur précipitation
dans l’ascension de la ville
ardente dans sa nudité
violente dans son désir
fière dans son éveil
à peine éclos de l’étreinte fondatrice
de la terre
algérienne
Germination impatiente
Densité suffocante
Respiration retenue
au bord d’un moment
dont on sent confusément
l’imminence et l’importance
Chaos des cubes blancs
accrochés à flanc de collines
ouvert sur la baie
comme une blessure
Choc
de la chute
de la blancheur
dans la mer
Puis le silence
Publication La Licorne d'Hannibal
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