Elle
est là
simple et incessante
vague et mouvante
comme une eau d’été
dans la chaleur du soir
un souffle léger
échappé de l’obscur
une trace esquissée
au seuil d’une
ouverture
Elle est là
diverse et tenace
fugace et leste
à portée d’un trait à réfléchir
qu’elle réfléchit déjà
sur feuillet
effleuré
Elle est fugue et reflet
inflexion à décliner
inclinaison à distiller
d’une voie à l’autre
d’une source perdue
entrevue
Elle est suite et saut
dissipation saisie
dans le tremblé des mots
tempo de pointe qui s’élance
lésion de sens et de silences
Confidence devinée
d’indifférence en partage
de hasard en rendez-vous
de voix tue en brisées imprévues
Méandres
de nuances
et divergences
Elle
est lisière
outil et matière
autre part
partie de tous les sens
qui n’en font qu’un
aire de concordance
et d’ambivalence
orientation
dérivé d’orient
rien transmué
hors raison et justification
Elle prend
substance
forme
et patience
En elle
je vis du bout des doigts
Elle me retient penchée sur le pupitre ancien
parmi les dernières lames de jour
Instant arrêté en perte de séjour
de lieu et de temps
Alentour aucun son ni frisson
Toute ombre muette
Seule une odeur de terre
agile et pénétrante se déplace
de strates vigilantes en spirales
qui par elle en moi s’exhalent
Le dessin svelte d’une ramure
hachure
les lueurs furtives
des feuillets attentifs
Les lettres vacillent
précaires et légères
Une respiration les anéantit ou les anime
Elles puisent vie dans un clair-obscur d’empreintes
Elles rendent l’âme à ceux dont la main les étreint
La courbe des lointains passe
Tout demeure
Tout s’efface
Publication
La Licorne d'Hannibal
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